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APLD 91
Paris, le 29 août 2003
Parler de la ZAC signifie parler d'économie. Parler de ceux qui y investissent les fonds de pensions venus de loin, signifie de parler de la mondialisation. Alors il y est bien difficile d'y loger le problème des habitants d'avant ZAC, de ceux qui y travaillent depuis des décennies. Pourtant 14 associations contribuent à la réflexion depuis dix ans pour faire naître ce nouveau quartier. Elles s'y activent pour trouver un point d'équilibre entre investisseurs anonymes et lointains et les gens qui vivent et travaillent dans cette partie de notre ville.
Les affrontements entre ces intérêts qui souvent s'opposent ne laissent guère le temps de développer des approches fines. La concertation contraint les participants associatifs à présenter des synthèses des idées qui, du coup, ressemblent à des revendications et non à une contribution.
Il n'y a guère que les personnes désignées comme étant des " personnes qualifiées " à qui on laisse un temps de parole suffisant pour développer des idées, passant par des mots riches de sens, des paraboles, pour donner corps à leur intervention, ouvrir l'esprit aux termes plus techniques qui les suivent.
Ce temps est refusé aux associations la plupart du temps, surtout aux moments les plus forts de la concertation, au cours de la réunion annuelle qui regroupe tous les intervenants. Ce moment devrait être celui de la réflexion et non de la synthèse. Créer un tronc commun pour alimenter les groupes de travail qui suivent. Que chacun puisse avoir une vision globale tout en affinant ses propres propositions pour des secteurs particuliers. La synthèse ne doit pas être le seul apanage de l'aménageur.
Un exemple de ce que certains des professionnels groupés au sein d'APLD 91 peuvent apporter à la réflexion générale. Peintres, sculpteurs, gens de théâtres, nous travaillons la lumière. Dans nos créations, nous nous rendons maîtres de la lumière, nous la choisissons. Par contre la lumière naturelle dans laquelle baigne la ville est inorganisée, est sans projet signifiant. Comment la capter pour que chacun en profite? La quadrature du cercle pour les architectes. On a un peu écarté les immeubles sur une partie de la ZAC, jouant aussi sur les hauteurs, laissant des espaces ici ou là. La lumière passe mieux, le regard peut se promener. Cette trop brève réflexion sur la lumière et l'espace pour introduire plus loin les préoccupations du site ex-91 quai de la Gare, sévèrement oubliées de ce point de vue, pourtant un lieu bien visible lors de la création des plans pour le quartier. Il est vrai, qu'à ce moment-là, nous n'existions pas aux yeux de l'aménageur qui calculait ses m2 sans nous...
Nous, nous savions que nous ne partirions pas, du moins les membres d'APLD. Suffisamment combatifs pour faire apparaître à nouveau sur les plans notre lieu. Nous y attachions une importance qui dépasse nos propres intérêts. Rester oui, mais aussi servir de levier pour dire aux élus, qu'une autre conception devait être discuté et ce, pour l'ensemble de la ZAC, comme l'affirment toutes les associations. Non pas comme experts de ces sujets, mais comme usagers avisés et parfois spécialisés dans certains des domaines. Cela nous paraît important de faire savoir notre savoir faire.
Nous aurions préféré depuis toutes ces années consacrées à la concertation d'y développer des idées, des réflexions de fond pour arriver du général au particulier. Nous espérions que notre thème qu'est le site du " 91 quai de la Gare " allait servir de support à une discussion. Les élus et son aménageur nous ont poussés à limiter nos propos à la simple défense de l'outil de travail que nous avons créé aux Frigos et dans ses annexes de l'époque... Vous, élus et aménageurs, vous ne souhaitez pas entendre nos définitions générales qui sont aussi importantes que les M2 accordés à notre lieu. Ce sont pourtant ces définitions tirées de notre expérience professionnelle qui pourraient nourrir le débat sur la cité et ses composantes. Nos professions disons-le avec fermeté, vous ne les connaissez pas. Comme nous ne pouvons connaître intimement les vôtres. C'est ainsi. C'est bien pourquoi au sein de la concertation nous sommes censés apprendre des uns des autres. Notre expérience de deux décennies se réduit dans vos comptes-rendus à : " mais que veulent-ils de plus ces enfants gâtés? "
Eh bien nous voulons exprimer des pensées avant les revendications. Pour rendre enfin intelligible ces dernières. Par exemple parler d'espace, de lumière, de circulations. En général. Ne pas laisser aux seules architectes et aménageurs l'intelligence de ces questions. Pour la simple raison et tout le monde en est conscient, qu'en fait tous les 30 ou 50 ans on reprend les mêmes idées en architecture et on les teste à nouveau, et ce ne sont que les matériaux ou la technologie qui change. Pour preuve le retour régulier des tours ou des solutions utilisant les sous-sols ou les dalles en sursols par exemple. Leonardo da Vinci l'a déjà dessiné, Le Corbusier en a réalisé. Puis on a opté pour la campagne à la ville avec Christian de Portzamparc et son principe du bocage, puis à nouveau les tours comme ici en projet sur cette ZAC du côté de Masséna. De même pour les tramways qui ont sillonné des villes françaises, allemandes et autres pays vers l'Est aussi. Trams démontés pour quelques décennies et voilà qu'ils reviennent en force. La gestion de l'énergie et ses modes de distribution vont probablement changer à nouveau, peut-être en moins de deux générations. Cela pourra avoir un impact sur les moyens de transport, sur la structure des circulations, de la distribution des fluides etc. Des bâtiments fonctionneront peut-être en autarcie, en production propre de l'énergie nécessaire au moins en partie. Les exemples ne manquent pas.
Qu'est-ce qui est donc " durable " dans tout cela? Rien, sinon la force d'une économie qui aux gré des changements imposés par ses détenteurs adapte l'habitat, le travail à ses besoins. C'est banal que de le dire, mais pas inutile de le rappeler. La marge de manoeuvre des élus, nos représentants, faut-il le rappeler, leur marge de manoeuvre est aussi mince que les nôtres. Cette situation que nous n'avons ni créée, ni souhaitée et contraignante sur le plan économique. Il faut forcer notre imagination sous le contrôle d'expériences déjà prometteuses. Tout en sachant que la génération qui nous suivra les considérera de toute façon comme plus ou moins ratées.
Quelle est la marge de manoeuvre? Nous n'en savons rien, sinon qu'il faut prendre des risques aussi, mais sans se gargariser avec les mots de villes durables et autres.
Pour l'instant, et pour recentrer sur la ZAC PRG qui nous occupe ou préoccupe, le bilan des innovations réelles semble bien maigre. Manque de finances sans doute, mais surtout manque d'audace pour au moins quelques réalisations auxquelles la puissance publique pourrait se risquer puisque ceux qui utilisent les fonds de pension ne le feront pas, c'est certain. Les propositions de diverses associations n'ont pas manqué. Beaucoup ont été étudiées une fois leur support architectural détruit. (Pour mémoire : une des démolition a été effectuée un 15 août à sept heures du matin...)
Chaque association s'est choisi un thème de prédilection pour ce qui reste dans cette presque ultime phase des discussions. La tension ne fait que s'accentuer.
L'association APLD 91 souhaite s'exprimer au sujet du site appelé ' 91 quai de la Gare ". Nous le considérons avec nos partenaires et des milliers de signataires comme étant un exemple réussi d'un site de création et d'activité avant même que la ZAC ne démarre. Des décisions hâtives et peu concertées ont fait reculer cette idée généreuse d'un lieu utile pour la collectivité autant que pour ses occupants qui l'ont créé. Le mérite des occupants, qu'il soient membre ou non de l'association n'est que partiel. La réussite était due en grande partie à la configuration des lieux. Etait, puisque les pouvoirs successifs ont souhaité la réduction des surfaces disponibles pour nos activités. Ils se sont refusés à mener une discussion qui aurait porté non simplement sur des M2 mais sur leur fonctionnalité. Soit on respecte le pacte qui s'appelle concertation, soit on passe à côté de solutions pas forcément imaginées par ceux que l'on appelle les spécialistes ; pour preuve, certains d'entre nous avions imaginé des lieux réellement efficaces pour la création. Notre expérience a été intégrée dans les textes officiels au bout 15 ans. Le souhait de voir se construire des ateliers polyvalents de conception simple, sans habitat et exclusivement réservés à la production. Certaines commissions considèrent enfin comme recevables ces idées et les impriment dans leur cahier des charges pour de futures réalisations. Mais ces projets sont réservés à d'autres, surtout pas au 91. Cherchez l'erreur. Notre but est de retrouver le site avec son efficacité passée, continuer à servir d'exemple vivant, continuer à être l'un des laboratoires pour de futures réalisations.
Nous nous adressons aux élus et nous reconnaissons qu'il leur est de plus en plus difficile de voir clair dans les propositions parfois contradictoires qui leur sont faites par les occupants de ce qui reste du 91 quai de la Gare, les " Frigos ". Nous rappelons que 250 personnes y travaillent. Ce grand nombre s'est divisé en groupes distincts au fil du temps et c'est naturel, Des réseaux d'intérêt s'y sont créés, des lobbies n'ayant pas les mêmes buts et les mêmes raisons pour se battre pour le site. C'est aux élus, maintenant " propriétaires " au nom de la collectivité, de détecter quelle est le groupe du 91 qui représente le mieux l'intérêt général.
Le choix semblait assez clair, il y a encore peu, avant élection :
- maintien des activités de création et de production.
- restitutions des surfaces de travail et de circulation amputées au fil des ans.
- recréer cette entité qui s'appelait le " 91 quai de la Gare " qui a désormais une histoire qui nous autorise à penser que le débat doit se clore dans de meilleures conditions.
Aux élus de déléguer à l'aménageur l'obligation de prendre le temps nécessaire d'assimiler ce que le terme site veut dire pas seulement pour nous, mais en général. Ne réfuter notre proposition le cas échéant, qu'en connaissance de cause. A ce jour, non seulement ce débat n'a pas eu lieu, mais un architecte désigné par la Semapa et avec l'aval de certains du 91 s'est mis au travail pour définitivement terminer l'encerclement du 91.
La concertation aura mené à bien sa tâche à la condition de se souvenir collectivement de ce qui a été dit à notre sujet par des milliers de personnes, avis répercuté par APLD 91 et relayé pour un temps par 14 associations. La décision que nous attendons est politique, loin des leitmotivs qui parlent de mixité et de ville durable et d'autres termes qui ont fait oublier bien des préoccupations existant sur la ZAC et évoquées par des habitants dans des secteurs qui leur appartiennent moralement depuis parfois des générations. Ce n'est tout de même pas un hasard si 14 associations se sont constituées et qui perdurent depuis une décennie et plus. Ce ne sont pas que des propositions corporatistes qui les font vivre. Je ne citerai que les modifications que la société MK2 a dû apporter à son bâtiment, les modifications obtenues au tracé du quai F. Mauriac, le maintien de certains éléments du patrimoine industriel etc. Toutes choses qui semblait bien loin des préoccupations de l'aménageur. Et bien des choses qui restent encore en discussions. Qui aura raison pour le long terme? Vous l'ignorez, nous l'ignorons aussi. Mais au moins on pourra dire que cela aura été réalisé en concertation.
Revenons du général au particulier : si une réunion dans un délai court n'est pas décidée pour échanger sur le principe de ce qu'est un site de production, la bataille de douze ans n'aura pour résultat qu'un gain en M2 et non en fonctionnalité. Chacun trimballe ses désirs, ses convictions en fonction de sa profession, sa culture, sa vie. Vous, comme nous. C'est pourquoi J. Toubon a pu nous envoyer par écrit cette phrase d'anthologie :
" l'art est plus important que les murs ". Pensée hâtive du Prince collectionneur qui ignore tout des besoins techniques des professions de la création. (Cela semble également vrai à ce jour, hélas, pour de très nombreux décideurs culturels). Aucune création ne se fait ex nihilo sans une architecture bien pensée pour l'abriter.
Vous, nouveaux élus, maintenez-vous le programme de construction telle que défini à ce jour par la Semapa et l'architecte M. Berger? Donneriez-vous raison à J. Toubon? Ce serait une offense à l'adresse de ceux qui vous ont soutenus non par intérêt, mais par certaines convictions partagées ici ou là. Notre contre-projet en place et lieu du bâtiment Semapa/Berger mérite une réunion spécifique pour nous expliquer sur les murs et espaces nécessaires au bon fonctionnement du " 91 " dans l'intérêt de tous.
L'art est plus important que les murs?
rédigé par Jean-Paul Réti
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