* le 91 quai de la Gare
* 80 ans aux Frigos
* artistes en résidence
* une cité d'artistes
* «Paris rive gauche»
* l'avenir
De la fenêtre de mon atelier, je regarde couler la Seine. Je suis "au quai". Ainsi désignons-nous ce lieu. Quai de chargement des camions, qui chaussent le bâtiment ou quai de la Seine avec ses sablières, ici nous sommes "à quai".
 
le 91 quai de la Gare
Les Frigos sont aussi appelés le 91 quai de la Gare, bien que son adresse soit devenue 91 quai Panhard & Levassor, en hommage à l'industrie automobile locale. Puis définitivement 19 rue des Frigos.
Dans le XIII° arrondissement de Paris le quai de la Gare commençait Boulevard Masséna et finissait Boulevard de la Gare. D'une longueur de 1440 m il avait une largeur minimum 16 m.
Ce quai existait déjà en 1670 à l'état de chemin; il devint plus tard une section de la route nationale n° 19, puis de la route départementale n° 22.
Ce nom ne provient pas de l'appellation donnée, plus tard en 1843, à la «gare» des marchandises du chemin de fer d'Orléans. Nos gares de chemin de fer s'appelaient alors des embarcadères ou des stations et les trains, des convois. Cette dénomination est celle d'une «gare d'eau», un bassin semi-circulaire où abriter les bateaux, qu'on commença de creuser en 1764, dans la rive gauche de la Seine, à hauteur du futur débouché du pont de Bercy. Mais le projet fut abandonné et ne vit jamais le jour.
Le N° 91 se situait à l'ancien débouché de la rue Picard, aboutissant dans la rue du Chevaleret. Ouverte, en 1825, sur des terrains appartenant à Picard, maire d'Ivry, elle a été absorbée par l'extension des voies ferrées.
Depuis peu a commencé la construction du lot [M1/A] du projet Paris Rive Gauche, entre nous et la Seine. Avec la mise en place du nouvel accès aux Frigos, nous constatons avec un pincement au cœur que notre adresse officielle s'éloigne du «quai». Depuis le début de l'année 2004 , la "rue des Frigos" a été baptisée.

  
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80 ans aux Frigos
La véritable histoire du 91 quai de la Gare commence juste après 14-18. Nous sommes rive gauche, à trois kilomètres de Notre-Dame, à la hauteur du Pont de Tolbiac. En face, de l'autre côté du fleuve s'étendent les entrepôts de Bercy. Paris se réveille de la grande guerre et il est temps d'approvisionner les Halles en produits frais.
La Compagnie Ferroviaire de Paris-Orléans entreprend la construction des "Frigos". La gare Frigorifique de Paris-Ivry voit

        
ainsi le jour en 1921. Du temps de sa splendeur, les trains s'engouffraient dans le corps du bâtiment. Les nombreuses tuyauteries, rongées par la rouille, qui courent le long des couloirs, témoignent que l'on se trouvait alors au cœur d'un réfrigérateur géant.

Des machines produisaient de la glace. Des rails fixés aux plafonds prenaient le relais des voies ferrées pour transporter des véritables téléphériques de denrées.
Non loin, l'implantation des Grands Moulins près du terminal ferroviaire accueillant les convois de denrées alimentaires conférait au quartier une vocation nourricière. A la fin des années soixante, la disparition des Halles de Paris et l'ouverture du marché de Rungis entraînent l'arrêt de l'activité des entrepôts frigorifiques qui, dès lors, sont quasiment laissés à l'abandon durant une quinzaine d'années.
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artistes en résidence
La SNCF, propriétaire des lieux depuis 1945, autorisa la location d'un premier lot de quinze "surfaces" en 1980. Dès lors, toute une population d'artistes investit cette friche industrielle. Pourtant, dans un bâtiment en partie muré, squatté, en tout cas sinistré, il fallait une bonne dose d'optimisme pour y installer, même en toute légalité, son atelier.
En 1985, une agence de gestion immobilière proposa à la SNCF de gérer ce patrimoine, alors destiné à une probable démolition.
La respectable institution, dont la vocation n'est pas de louer des ateliers, accepta. Une couche de peinture anéantit une première génération de "graph'", nés dans la nuit des années de purgatoire. Des œuvres de Ben, de Ménager et de beaucoup d'autres disparurent ainsi.
Les locaux disponibles trouvèrent preneurs en l'espace de quelques jours. Et comme par hasard, ces locataires se trouvèrent être des artistes... Lesquels en fait de bail signèrent une convention de location précaire.
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une cité d'artistes
Ainsi, de ce lieu isolé, apparemment en perdition, naquit un village peuplé d'artistes. Mais avant de pouvoir s'installer dans les lieux, les nouveaux occupants durent s'atteler à une rude tâche : transformer ces locaux vétustes en ateliers opérationnels. Les qualités particulières de la construction apparurent alors.
Du béton armé, des briques noires, du liège, encore des briques, encore du liège, encore du béton... Les murs, d'une épaisseur de soixante-dix centimètres environ, offraient une très bonne isolation phonique et thermique.
Des fenêtres furent percées, des cloisons aménagées... Il fallut installer l'eau, l'électricité, les équipements sanitaires, le chauffage, la ventilation... Attaquer les sols au marteau-piqueur pour faire passer une canalisation relevait de l'exploit. Les planchers, formés de dalles assemblées par des joints en liège, peuvent supporter une charge de sept tonnes par mètre carré !...
Ceux qui envisagent encore de détruire "le quai" mesureront ainsi l'ampleur de la tâche qui les attendrait alors...
Plusieurs mois de travaux, des tonnes de gravats charriés dans des centaines de bennes, des milliers d'heures de travail fournies - et le temps, pour chacun, de faire connaissance avec ses voisin - ont engendré une véritable métamorphose de cet édifice. Une nouvelle vie commençait pour le 91 quai de la Gare. Pour les Frigos.
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«Paris rive gauche»
Pendant longtemps, seules élévations du quartier avec les Grands Moulins et leurs silos, au milieu des voies ferrées, les Frigos se trouvent aujourd'hui au coeur d'un quartier qui se veut moderne dont la construction bât son plein.
Le choix de l'emplacement de la Bibliothèque Nationale de France, à quelques dizaines de mètres, sur cette vaste zone ferroviaire devenue obsolète, a changé radicalement le contexte qu'on trouvé les occupants dans les années 80.
L'aménagement de l'est parisien, avec la création du Parc de Bercy de l'autre côté de la Seine, la construction de nouveaux immeubles, entre la gare d'Austerlitz et le Boulevard Masséna, avec une forte densité d'occupation, a mis en péril le projet artistique né dans les Frigos. Ne bénéficiant d'aucun classement architectural comme les Grands Moulins, considérés comme une friche industrielle, ils devaient être détruits pour laisser place à des constructions modernes de rendement.
Grâce à la forte mobilisation au sein de l'APLD91 (Association Pour Le Développement du 91 quai de la Gare) et l'association des locataires, en coordination avec les autres habitants du quartier Tolbiac, les calculs destructeurs et irrespectueux ont été revus. Le maintien a été entériné et toute réduction de surface contrecarrée. Notamment l'aile nord des Frigos, où s'expriment une dizaine de créateurs parmi les plus actifs, a été préservée. La construction de l'immeuble entre nous et la Seine (lot M1/A) crée la rue des Frigos. C'est la nouvelle adresse.
Aujourd'hui les Frigos représentent le pôle artistique de l'aménagement urbain regroupé sous le nom de Paris rive gauche, dont l'aménageur est la SEMAPA (Société d’Economie Mixte d’Aménagement de PAris). Ce nouveau quartier comptera notamment un "pôle universitaire" dont le coeur sera les Anciens Moulins.
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l'avenir
Maintenant situé entre la BNF et l'Université Paris 7, les Frigos sont amenés à jouer un rôle à plusieurs facettes en premier plan de ce quartier de l'est parisien en construction.
Pour autant les nuages sombres n'ont pas complètement disparus au dessus de ce creuset d'une nouvelle expression. La Ville de Paris a acquis les Frigos au Réseau Ferré de France. Que deviendront les accords d'occupation qui ont été consentis il y a plus de 20 ans?
L'opportunité de bénéficier de volumes spacieux et insonorisés, qui ont été rendus lumineux, dans un environnement dégagé situé à Paris intra-muros, à des conditions financières abordables, explique le regroupement naturel de créateurs et d'artisans issus de multiples horizons.
Dans ce quartier d'esthétique moderne, la réhabilitation du bâtiment est à l'étude. Comment sera-t-elle gérée? Quelle architecture sera choisie? Quelles seront les conséquences sur les activités de production et sur l'accueil?
Devenu réputé par l'inventivité et la force de travail de ses occupants, le lieu est l'objet de toutes les convoitises.

 
Site urbain et culturel unique créé par un travail de fourmi à partir d'une friche industrielle, son caractère ne se compare absolument pas aux projets officiels des communautés territoriales.
Lieu de passage intensif, il y était courant d'apposer tag's et graph's sur les surfaces autrefois abandonnées. Comment les nouveaux habitants et entreprises du quartier vont-ils aborder cette situation? Quelles alliances vont être noués avec les nouvelles entités culturelles et éducatives à proximité?
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